Visages de la Médecine Chinoise: Jean-Sylvain (première partie)

C’est chez lui que Jean-Sylvain me donne rendez-vous. Je l’y retrouve affairé, en pleine activité, pris même durant son day-off par un quotidien tourné fortement vers la Médecine Chinoise.
Ce qui frappe de suite dans son attitude ce sont ses déplacements: énergique et vif, on voit de suite que l’individu possède au fond de lui un mouvement constant.

Nous nous installons dans son bureau, un espace particulier, plein de discrétion sur la personne mais aussi “dense” de son travail, plein du même enthousiasme d’explorateur que l’on perçoit chez lui, une exploration avec l’esprit comme véhicule, la pratique comme révélateur.
Je démarre l’entretien, curieux de l’homme et de ce qu’il a à raconter. Je l’arrêterai deux heures plus tard: pour sûr, un long échange 🙂

J’anticipais la passion et je repars conforté: Jean-Sylvain aura parlé longuement, plein d’un enthousiasme contagieux, optimiste et entier. Je découvre un esprit riche et incisif. Derrière ses opinions on perçoit un souci constant de faire au mieux, dissiper les raideurs inutiles, dépasser les pré-supposés.
Je le voyais très dynamique: je découvre aussi un homme apaisé par son cheminement et soucieux d’un avenir qu’il envisage au collectif.

Rencontre avec un adepte du dépassement.
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L’individu et sa formation

Bonjour Jean-Sylvain, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Jean-Sylvain, j’ai 44 ans, je pratique la médecine chinoise depuis une quinzaine d’années.
J’ai eu plusieurs vies en une, jusqu’à présent en tout cas :
J’ai été professeur de mathématiques, j’ai fait aussi des crêpes à Covent Garden à Londres, pendant un an et demi (rire). J’étais musicien alors et j’ai tenté une aventure là bas.
J’ai été également consultant informatique pour de grosses sociétés américaines puis ensuite j’ai travailler à mon compte pendant quelques années, avant de faire de la MTC.

J’ai donc un parcours atypique, mais qui n’en a pas en médecine chinoise ?

L’extrême orient et toi, ça commence comment ?

Essentiellement, c’est par les arts martiaux puisque j’ai pratiqué pendant 20 ans les arts martiaux coréens. J’ai été pendant quelques années en équipe de France, ce qui m’a finalement mené à une impasse que j’ai décidé de contourner en me dirigeant vers la médecine chinoise et le soin.

Peux tu commenter cette impasse, pour que l’on puisse comprendre cette évolution ?

Je considérais que ma pratique devait être avant toute chose une pratique de santé alors qu’elle était essentiellement tournée à l’époque vers la compétition sportive, ce qui est plus épuisant que salutaire.
A un moment donné, je me suis dis que pour continuer à pratiquer une activité physique qui irait dans le sens de la longévité, je devais trouver une autre façon d’envisager le sport.
Donc sortir des longues sessions d’entraînement physique, avec transpiration excessive, beaucoup de cardio, de répétitions etc, des entraînements de plus quasi quotidiens – 6 jours par semaine en moyenne, 4 à 6 heures par jours à l’époque.

J’ai eu aussi en parallèle un déclic : je suis parti avec mon meilleur ami en Corée du Nord, et j’y ai trouvé sur place un niveau de pratique qui était bien au-delà de ce que j’avais pu voir, avec des athlètes vraiment extraordinaires qui semblaient invulnérables et qui de plus ne semblaient jamais souffrir de fatigue.
Je me suis donc interrogé : comment font-ils ? Comment ces gens se gèrent-ils leur santé ?

J’ai commencé par comprendre qu’il y avait beaucoup de QiGong, beaucoup de préparation mentale, des massages, une diététique adaptée etc …

Ensuite, pour la petite histoire, c’est ma femme qui m’a apporté le fascicule de l’école qui s’appelait à l’époque « L’école de l’énergie des quatre saisons » -on vivait à Annecy alors.

Comme une des composantes principales de notre école à cette époque était déjà la pratique du QiGong médical, je me suis dit : c’est ce qu’il me faut. Pour équilibrer ma pratique personnelle, je vais aller faire de « l’interne ».
Et là ce fut le début de la fin (rires) : j’ai laissé tomber, après mes études, l’informatique et le sport de haut-niveau et j’ai commencé à me consacrer quasi exclusivement à l’approfondissement des concepts et à la pratique de la médecine chinoise.

Tu viens de nous présenter ton école qui s’appelait à l’époque « L’école de l’énergie des quatre saisons », et qui est devenue ensuite L’EMCQG (École de Médecine chinoise et Qi Gong).

Oui, école que je dirige aujourd’hui au niveau pédagogique (rires), la boucle est bouclée.

Justement quelles ont été les spécialités que tu as étudié ?

Au niveau du cursus général de l’école, nous avons abordé toutes les méthodes thérapeutiques de la médecine chinoise : la pharmacopée, le Tui-Na (massage chinois), l’acupuncture, le Qigong thérapeutique et la diététique.

Après cela, au sortir de l’école, j’avais faim d’autre chose. J’étais insatisfait, pas de l’enseignement que j’avais reçu, mais il y avait de nombreuses questions qui restaient sans réponses.
Comme j’ai un esprit cartésien et scientifique, je refusais d’admettre simplement certaines assertions.

Par exemple ?
J’ai toujours refusé l’idée d’utiliser en acupuncture des points simplement parce qu’ils étaient des points dits « d’expérience ». J’ai toujours pensé qu’il y avait forcément une justification logique à l’usage des points dans les formules classiques.
Depuis, il y a eu du chemin : j’ai trouvé, je suis rassuré sur ce plan là.
Cet état d’esprit cependant perdure et quinze ans après, dans ma pratique quotidienne, je continue à être « l’éternel étudiant » qui cherche un niveau de profondeur de plus en plus signifiant pour moi.

Lomogram_2015-11-04_09-54-14-Une recherche de Sens

 

On parle jusque là d’acupuncture : et la pharmacopée ?

Pour être très franc avec toi, la pharmaco’ c’est une chose qui ne m’a jamais personnellement passionné.
Je préférais de loin toute l’approche des thérapies manuelles et surtout l’approche de l’acupuncture qui me paraissait et me paraît toujours aujourd’hui la plus pertinente dans notre société contemporaine. Je pourrai expliquer ça tout à l’heure si tu veux.

C’est à dire ?
Je pense que l’enseignement que l’on dispense aujourd’hui dans la majorité des écoles de MTC en occident et même en chine est basé sur un paradigme créé dans les années 50 par le régime de la chine maoïste. On reçoit donc un enseignement qui est en fait plus moderne que traditionnel, dans lequel la part belle est donnée à la pharmacopée. La pharmacologie est l’approche la plus rationnelle pour nous occidentaux. Un des objectifs de Mao lorsqu’il a abandonné l’idée « d’éliminer » la médecine chinoise et décidé de la réformer, à été de la présenter à l’occident à travers une approche bio-médicale.
Nous sommes passé d’une médecine chinoise Yi basée sur la compréhension des transformations du Qi (Qi Hua), du Yin et du Yang et des 5 mouvements (Wu Xing), à ce que l’on appelle aujourd’hui Zhong Yi, basée sur la différentiation des syndromes (Bian zheng lun zhi). La pharmacopée et la théorie des Zangfu (organes) a alors été mise au centre de la médecine chinoise. L’enseignement des autres disciplines s’est alors modelé sur les concepts de la pharmacopée: l’acupuncture s’est éloignée de la théorie des canaux/méridiens (jing luo) au profit l’étude de la fonction du « point » d’acupuncture. Au lieu d’envisager l’acupuncture comme une problématique de réseaux, elle est enseignée aujourd’hui comme une recette de points possédants certaines fonctions afin de traiter des syndromes initialement pensés pour la pharmacopée … Il est temps je crois de revenir à une approche plus authentique et surtout plus efficace de l’acupuncture, dans laquelle le système des canaux/méridiens est central.

Ce style basé sur la différentiation des syndromes est enseigné dans la plupart des écoles de MTC non ?

Absolument. C’est ce qu’on retrouve dans 90% des écoles, ici ou ailleurs. Les médecines basées sur les textes classiques, les canons de la médecine chinoise sont plurielles. On connaît la médecine traditionnelle chinoise, mais on connaît moins l’acupuncture coréenne, l’acupuncture japonaise, tout un tas d’autres styles qui, même s’ils partagent avec la médecine chinoise des bases communes, ne partagent pas les mêmes expressions dans leurs méthodes de traitement.
Et c’est dans ces autres approches que je suis allé chercher les réponses que je ne trouvais pas dans l’enseignement de la MTC.

Quels ont été tes professeurs ?
Il y en a eu beaucoup, et parmi eux certains individus absolument remarquables. Il y a en fait des personnages clés dans mon parcours.
Je dirais que le premier personnage-clé fut ma première prof qui est l’origine des choses : c’est Genny Rivière, la fondatrice de l’EMCQG, avec qui je travaille aujourd’hui en bonne intelligence et que j’aime de tout mon cœur.
C’est grâce à cette femme que le goût m’a été donné pour la médecine chinoise et pour ce qu’on pourrait appeler la spiritualité de la médecine chinoise.
C’est elle qui apporte de suite une dimension subtile à la pratique de la MTC puisqu’elle met le QiGong au centre de l’étude, dès la première année. C’est une femme très charismatique, elle devient pendant mes cinq premières années dans la MTC le pilier de mon évolution personnelle.

Ensuite, une fois diplômé de l’école, je vais commencer à « voler de mes propres ailes » et je vais commencer à chercher des réponses à ces fameuses questions auxquelles on n’a pas répondu pendant ces cinq années.

Je vais commencer par rencontrer un personnage remarquable : un médecin chinois sur Paris, le docteur Zhang Yun, avec qui je vais rester régulièrement en contact durant trois ans. Je vais assister régulièrement à ses consultations dans son cabinet, près de la place de la Nation dans le 12ème arrondissement et là, je vais réellement « prendre une claque » pour deux raisons : premièrement parce que je vais observer la pratique d’une acupuncture remarquable en terme d’efficacité et deuxièmement parce que son approche ne correspond absolument pas à ce que j’ai appris à l’école : pas de diagnostic systématique par les Zangfu ,une part belle laissée à la palpation des canaux/méridiens dans le diagnostic différentiel et l’absence de prescription pharmacologique (je dirais qu’environ seulement 10% de ses patients repartent avec une ordonnance).
Yun me dira : « Il y a une différence importante entre imaginer et savoir » : il base son diagnostic différentiel sur des éléments qu’il considère objectif et duquel il exclut souvent – cela risque de faire sursauter certains qui pratiquent la MTC – la lecture de la langue et la prise des pouls radiaux. La langue et les pouls radiaux sont utilisés lorsqu’il prescrit de la pharmacopée ou lorsqu’il traite certaines pathologies sans signe objectif, comme par exemple la dépression nerveuse.
Sa méthodologie diagnostique à lui, c’est la palpation des méridiens et de l’abdomen.
C’est lui qui va devenir mon premier maître : il va inspirer mon « style » clinique pendant de nombreuses années.

WP_20151104_16_13_12_Pro 1Palpation des méridiens et diagnostic différentiel

Je vais assister à des traitements extraordinaires sur la table de Zhang Yun : je vais voir par exemple l’usage des points Gui de Sun Si Miao avec un résultat clinique remarquable et mesurable, je vais voir des pathologies de 20 ans sur des problèmes ostéo-articulaires résolus en quelques secondes, des problématiques viscérales de type ulcère à l’estomac réglés en quelques séances d’acupuncture.

Toutes ces observations en cabinet me confortent dans l’idée que je suis passé à côté de quelque chose. Par exemple, dans la plupart des comptes rendus cliniques (même chinois) consultables consacrés à la MTC, on améliore « discrètement » des pathologies ostéo-articulaires ou lésions traumatiques sur des cures de 50, 60 séances d’acupuncture. Je me dit en lisant ces bouquins et en comparant à ce que j’observe en cabinet qu’il existe un décalage trop important, quelque chose qui cloche …

Ces deux personnes sont donc les deux personnages-clés de ton évolution ?
Ce sont les deux personnages qui ont initié un processus de transformation dans mon étude et ma pratique.
A la suite de cette rencontre, c’est un peu comme dans une bonne série télévisée où tout s’enchaîne parfaitement : j’apprends que le docteur Wang Ju Yi est invité par Philippe Sionneau à Paris. Zhang Yun, qui est un élève du docteur Wang me pousse à assister à sa formation. Il me dit que sa méthode est exceptionnelle et proche de l’acupuncture classique.

Une acupuncture antérieure à celle de Chine Maoiste.
Oui. C’est le début en fait de mon parcours dans l’acupuncture de style méridien pourrait-on dire.
Le Docteur Wang enseigne la palpation des méridiens à des fins diagnostiques et thérapeutiques : on va pouvoir effectuer un diagnostic différentiel et mesurer l’efficacité d’un traitement en constatant l’évolution des modifications pathologiques perçues à la palpation sur le trajet des méridiens.

C’est donc une deuxième étape fondamentale dans ma pratique.
Dans cette formation, je fais la connaissance de son assistant, Jason D. Robertson qui me conseille de me diriger vers le Japon pour en apprendre plus.
C’est ce que je fais et sur place, je vais entendre parler d’une référence absolue en pratique acupuncturale : le docteur Yoshito Mukaino, qui a écrit The Meridian Test and Its Applications : une approche extrêmement pragmatique où l’on utilise des mouvements simples pour identifier les méridiens en déséquilibres. Cela va me permettre de comprendre comment le système méridien décrit parfaitement la réalité bio-mécanique du corps humain.

Je remarque une évolution de perception à travers les professeurs que tu as côtoyé. On part d’une base de MTC« en profondeur » si l’on peut dire avec une utilisation de principes proches de la pharmacopée, un diagnostic par les zangfu principalement, puis on prend de plus en plus de recul dans ce diagnostic pour aller chercher les causes de la maladie sur des zones en « superficie ».

En fait, cette synthèse que tu es en train de faire et qui est juste, je peux l’expliquer autrement.
La clé est en fait dans le Ling Shu (l’axe spirituel) : si l’on cherche à comprendre la pensée du Ling Shu et éventuellement des ouvrages plus tardifs, comme le Nan Jing et surtout le Zhenjiu Jia Yi Jing ,on remarque qu’il n’y a en fait jamais de contradiction entre ces différentes interprétations de la médecine chinoise. La connaissance de la théorie des ZangFu est indispensable à la compréhension de la pensée médicale chinoise, tout comme l’est la connaissance et la maîtrise de la dialectique du yin et du yang, des cinq mouvements. Mais c’est la théorie des méridiens qui permet à l’ensemble d’être cohérent. Le Dr Wang utilise une image pertinente pour expliquer cela : il parle des trois piliers de la Médecine Chinoise. Dans cette métaphore, la dialectique représente les mots, les ZangFu la grammaire et la théorie des méridiens, le lien indispensable entre les deux.
Le Ling Shu est un ouvrage hermétique, et il nous faut une « clé » pour accéder à la pensée des auteurs.

Une clé, donc un état d’esprit ?

C’est ça oui. Ma compréhension aujourd’hui de la médecine chinoise -en tout cas pour l’acupuncture- m’amène à dire que cette clé de compréhension des classiques est purement astrologique.
Quand je parle d’astrologie, je ne pense pas uniquement à l’astrologie chinoise, mais à l’astrologie universelle, sacrée : toutes les traditions humaines partagent un corpus de connaissances universelles dont la base est la connaissance des cycles célestes.

Dont la base est le mouvement, l’énergie.
Absolument, l’étude des mouvements du macrocosme va nous permettre de comprendre les mouvements du microcosme, l’étude de la fonction de l’univers, des cycles de transformation et d’évolution, nous renseigne sur les mécanismes du corps humain.

Je vais réaliser ce lien dans mon corps quand je vais revenir du Japon.
En commençant à traiter mes patients quasi exclusivement avec les points antiques, les points des cinq mouvements (Note : les points Shu Antiques), je me rends compte du lien étroit qui existe entre les concepts astrologiques et ceux de la médecine chinoise. Si on projette les modèles classiques de la médecine chinoise dans un contexte de biomécanique moderne, on obtient alors cette correspondance entre le mouvement du corps et le mouvement des grands cycles des planètes. On régularise alors la fonction corporelle par des procédés qui sont dérivés des méthodes de l ‘Astrologie.

Après Mukaino, je vais m’intéresser à divers systèmes d’acupuncture japonais, notamment la méthode Honma , ainsi qu’à la palpation de l’abdomen.
Je vais cependant très vite abandonner après ma rencontre décisive avec le Docteur Robert Chu et sa méthode d’acupuncture optimale. C’est le « méta-système » qui va permettre de répondre aux questions qui continuaient de « hanter » mon esprit.
Cela fait maintenant plus de trois ans que je suis l’élève du docteur Chu : son système est le fruit de sa grande expertise clinique et de l’étude théorique de nombreux systèmes d’acupuncture. C’est donc une synthèse, mais une synthèse ouverte : elle n’exclut aucune méthode acupuncturale, au contraire elle permet même d’expliquer toutes ces méthodes.

L’acupuncture optimale emprunte largement à un style qui était totalement méconnu en France jusqu’à ce que Robert Chu l’introduise  : l’acupuncture de Maître Tung, un système familial taïwanais, connu en Asie pour son extrême efficacité.

Grâce à ce méta-système, on peut expliquer les vides, les trous présents dans l’enseignement de la MTC. En acupuncture optimale, on ne traite quasiment jamais de façon bilatérale et systématiquement de façon distale à l’aiguille filiforme.

Il n’y a jamais de puncture des points de transport du dos (les points Bei Shu) mais la micro-saignée de ces points et des points du tronc est très utilisée.On pratique souvent la puncture contra-latérale, croisée et on ne puncture jamais la zone atteinte. Sa revendication forte est d’être une acupuncture proche des origines.

 

WP_20151104_16_21_26_Pro 1Une recherche dans l’acupuncture classique
Puncture périostale du point Di Huang (style Tung), à travers les canaux du Foie et de la Rate.

L’acupuncture optimale emprunte également abondamment aux méthodes d’équilibrage des canaux d’acupuncture du docteur Chen Chao, une légende de l’acupuncture contemporaine. C’est une acupuncture basée essentiellement sur le Yi Jing, popularisée récemment par le Dr Tan Teh-Fu.

La méthode du docteur Chu utilise la notion de circuits de méridiens pour élaborer le traitement : il s’agit d’abord d’identifier les canaux en déséquilibre grâce à la symptomatologie décrite dans le chapitre 10 du Ling Shu. On construit alors un circuit énergétique/thérapeutique logique qui va répondre au mieux à la symptomatologie observée.
Si par exemple on veut régulariser la fonction du Poumon (dans le cas d’une bronchite chronique par exemple), on va traiter le canal du Poumon, du Gros intestin, mais aussi éventuellement de l’Estomac et la Rate : c’est le circuit TaiYin/Yang Ming qui permet de régulariser ces deux grands processus physiologiques.

L’acupuncture optimale du Dr Chu repose sur une compréhension claire des concepts classiques et une grande expérience clinique. Le Dr Chu enseigne également une pharmacopée « optimale », basée sur le Shang Han Za Bing Lun, c’est à dire parfaitement intégrée à son méta-système acupunctural. Le Dr Chu considère que je suis l’un de ses seuls élèves à avoir compris la profondeur de son approche, notamment grâce à mes travaux en astrologie… Je suis heureux d’avoir aujourd’hui un mentor de sa trempe.

Par l’intermédiaire de l’acupuncture optimale, on accède à une approche extrêmement pertinente surtout pour la pratique clinique moderne qui nous met face à des patients présentant une symptomatologie complexe.
On sait tous par expérience que faire une analyse correcte de ce type de situation avec la théorie des Zangfu est extrêmement délicat.

Généralement, on ne voit pas tout..
Et on est souvent dans l’interprétation, voire le fantasme. On est pas dans une observation pragmatique et une compréhension pragmatique des déséquilibres à l’œuvre. On a tendance souvent à se raconter une histoire. On place en outre trop souvent en MTC une stratégie de traitement basée sur les syndromes des zangfu , qui nous pousse à utiliser les points d’acupuncture comme les yao de la pharmacopée, c’est- à dire pour leurs fonctions/indications : on perd de vue le traitement des canaux/méridiens qui est fondamental et qui doit passer avant la sélection des points à traiter.

L’idée d’un traitement acupunctural repose pourtant sur la mise en mouvement, le retour à la mobilité, la circulation du Qi, du Sang et des Liquides Organiques: il ne s’agit pas de tonifier au sens de la pharmacopée, d’amener un élément nouveau au système, mais de faire circuler, rétablir un mouvement optimal dans un circuit d’information.

 

C’est donc une grille de lecture nouvelle que tu évoques ?

Elle est extrêmement traditionnelle puisqu’elle est basée sur les classiques : quand on prend le Ling Shu, et les autres ouvrages classiques de l’acupuncture, on remarque qu’ils ne mentionnent jamais de syndrome de zangfu. On ne parle jamais de « vide de sang du Foie » ou de « vide de Qi de la Rate », c’est une terminologie qui n’existe pas dans le Ling Shu.
Comme je le disais tout à l’heure, je pense que ce type d’approche par les zangfu correspond à une vision moderne de la médecine chinoise qu’il ne faut pas non plus repousser : c’est un système hyper-structuré qui permet à des milliers de gens de se former et de pratiquer la médecine chinoise. Elle n’est simplement pas optimale pour la pratique de l’acupuncture.

Attention cependant avec les mots, il est important, surtout quand on enseigne, de ne jamais créer de division inutile, de séparation entre les gens : des praticiens de MTC avec plusieurs décennies d’expérience ont bien sûr acquis une expérience clinique, un savoir faire, qui doit être préservé et transmis. Passer à l’acupuncture optimale leur offrirait simplement un nouvel éclairage sur ce qu’ils font déjà tout en leur offrant une ouverture libératoire vers de nouvelles voies thérapeutiques.

Cet éclairage de l’acupuncture optimale me satisfait en tout cas pleinement parce qu’il offre une flexibilité en pratique clinique remarquable : prenez par exemple le cas d’un patient fatigué que l’on souhaiterais « tonifier » par grande stimulation de la Rate et de l’Estomac. Une fois qu’on a fait le 3 Rate, 36 Estomac, 6 Rate , 9 Poumon, chauffé l’abdomen et que cela ne marche pas autant que ce que l’on souhaiterait : que fait-on ?
Doit-on recommencer 25 fois la même séance d’acupuncture en espérant que le patient aille finalement mieux ?
Bien sur que non ! Ce que l’on cherche à obtenir, ce n’est pas forcément un résultat immédiat, mais en tout cas un changement mesurable après quelques séances, c’est à dire la disparition de certains signes et symptômes. Si on ne l’obtient pas dès les premières séances, c’est qu’on est “à côté de la plaque” et qu’il faut changer d’approche.

(à suivre)

Liens et Références sur le sujet

EMCQG: École de Médecine Chinoise et Qi Gong
La Théorie des Méridiens et ses Applications en Médecine Chinoise par Wang Ju-Yi et Jason D. Robertson
Sports Acupuncture: the Meridian Test and Its Applications par Mukaino Yoshito
Méthode Honma: Yanagiya Sorei et la Keiraku Chiryo

Pour contacter Jean-Sylvain:
jean-sylvain.prot@mtc-qigong.fr

 

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