Le Premier fil de l’Araignée.

Quand j’ai démarré mon étude du corps humain par la médecine traditionnelle, j’ai regroupé ce que je connaissais déjà par l’intermédiaire de ma pratique des arts martiaux essentiellement. Tout un tas de sensations, peut être quelques tours de main, mais conceptuellement: disons qu’il n’y avait quasiment rien d’exploitable directement, du moins c’était mon point de vue alors.

Au fil de mes documentations comme au fil de mes synthèses, j’ai été jusque là intéressé à l’idée de trouver un fil conducteur à épaissir, comme point de départ d’un système global et cohérent, permettant une prise en main rapide, instinctive, intuitive et permettant une immédiateté, donc une autonomie.
Le karatedô, la boxe, une certaine forme d’aikidô, le sabre m’ont servi d’exemple pour développer cela: l’immédiateté se forge dans la fluidité, acquise par la répétition. Parce que la répétition est polymorphe, on ne répète en vérité jamais rien vraiment: si l’on aborde les choses de façon claire, on se rend compte que l’on retrouve peut être souvent les mêmes sujets, mais jamais depuis la même facette.
La complémentarité des points de vue permet le développement d’une compréhension plurielle et permet de façonner un produit équilibré et unique, en phase avec celui qui l’utilise.

Ma conviction est que la conscience est un outil, et comme on forge son sabre, comme on se forge un outil, je cherche à me forger la conscience, l’entretenir, la nourrir de toutes les flammes, dans la chaleur d’un creuset alimenté par ma volonté, issue de mes inspirations. Alors je tape, je tape, je cogne le marteau de mon effort contre le métal de la matière et des faits… je transpire et en vérité, j’aime cela. Je n’ai pas de doute sur le fait que passer une vie entière dédiée à la création soit une vie qui vaille la peine d’être vécue.

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Je ne suis pas adepte des patchworks, où je me retrouverai un petit peu de ceci, un petit peu de cela, sans vrai lien cohérent, sans le développement d’une identité qui fasse justement honneur à ce que j’ai reçu par la réalisation d’une pièce unique et vraie, la vérité étant ma flamme, une flamme essentielle. Les derniers événements vécus m’ayant illustré parfaitement son importance.

Nous avons tous nos problèmes identitaires, et sans doute ai-je vécu les troubles relatifs à mes douleurs existentielles comme une quête: où est ma véritable identité?
Je crois bien que je la retrouve dans ce premier fil tissé par l’araignée laborieuse, fil ténu mais puissant, tendu entre deux bords, fin comme le vent, immense vaisseau, traçant la première figure, la ligne qui sort et se répand.
Mon identité, ce n’est pas mon nom qui m’a été donné, ce n’est pas ma forme qui se déforme et se réforme, sur lequel je n’ai que peu de prise finalement. Mon identité réelle, c’est ce premier fil, ce mouvement créateur de l’araignée, qui part de peu mais devient tout, devient la magnifique toile, l’ouvrage inattendu de l’arthropode laid, le monstre miniature souvent malcompris et pourtant, l’immense architecte qui se dépasse, venant à bout de lui même par la réalisation d’une pièce unique, validant son existence, prouvant la robustesse et finalement la finesse de sa consistance par ce que son corps peut faire, parce que son corps est au fond: une pièce unique en réalisant une autre.
Remodelé par l’effort, mon corps trouve sa fonction et donc sa permission de continuer à travers la créativité prise au sens large. Mon identité alors n’est pas qu’une historique (je suis né là, j’ai fait cela), mais devient polymorphe, s’adapte et se déforme dans la non-pensée de l’interaction. Voilà quelle est ma méditation et mon sens.

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Je ne sais plus qui aurait dit cela: “l’homme, ce paquet de mémoire”.
Si tout n’est que mémoire, alors ce que je peux dire ce matin, c’est que l’identité se fond dans la technique. Que la cohérence , la vérité en soi donne une technique authentique et capable d’évoluer, une énergie folle, la seule qui dépasse les événements et la sphère personnelle. La seule qui ne chancelle pas, digne de foi et abondante, bonne au goût, douce en soi, féroce également. La seule qui permet le bon moment pour se reposer et celui pour donner.
Ces derniers temps m’avaient écartés un peu de cela, peut être pour mieux m’y restituer.

Et vous, où est votre source?

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