Je croyais ne pas aimer la mer du Nord.
Quand bien même Souchon me l’encense, je ne pensais pas aller de pair avec le cadre, question de racines.
Je cherchais les couleurs dans la ville d’Amsterdam et j’y avais trouvé une forte rigueur munie de quelques catharsis, entre deux lumières rouges et une église au milieu: étrange et ironique. Peu de couleur et un espace étrange, fait de lignes droites et d’oubli de soi.
Je considérais sans apprécier les volutes de fumées et les silhouettes découvertes derrière les vitrines, côtoyant les colonnes immenses et les feux rouges et verts impitoyables, les circuits palpitant de voitures et de bicycles détalant froidement.
Ma jeunesse a été faite de beautés bleues et d’ocre racé, scintillant de pierres.
Alors après le vélo et le sable qui me rappelaient légèrement, je n’attendais plus rien, le cœur bizarrement fermé.
Nous sommes arrivés et nous avons vu une longueur de plage égale à l’horizon. C’était profond et pas si plat, le vent semblait relever les choses pour donner des volutes salées, granuleuses.
Il y avait un bar comme un îlot, un “bartender” australien perdu aux antipodes, rempli du soleil de sa provenance et s’étant mis au service de créer un souvenir de son pays sur la plage, avec le bar et les tables, les planches de surf, le sables remuant et la bière agréable. J’ai laissé le temps me saisir doucement, il m’a fallu du temps quand même.
J’ai marché pour discerner au loin quelque chose, dans l’horizon. Il y avait cet infini métallique presque angoissant.
Mais ma vue se posait sur les passants et sur la vie s’organisant dans un gris vert, des mouvements d’oiseaux qui suivant les courants d’airs francs. Il n’y avait pas de vide, juste une présence plus discrète, une réalité moins appuyée.
Que mon cœur était trop lourd et gavé de signes pour pouvoir apprécier de suite!
Je me sentais privé de sens, malgré le bruit de l’air sifflant et les oiseaux très silencieux, juste planant et se posant, comme pour signaler une énergie constante dans la grandeur du lieu.
Et puis j’ai vu ce petit rassemblement de légers personnages, venus vivre une réunion pour se parler de l’océan. Ils progressaient ensemble dans la même direction, vers nulle part a priori. Il progressaient tous et tandis que j’approchais, il m’est venu l’envie de prolonger le moment par l’image. Je n’ai pas pu le faire: ils ne sont pas restés bien longtemps ainsi, se sont répandus dans l’air pour tournoyer, revenir, tournoyer..
J’ai observé cette valse qui posait son rythme palpitant.
J’ai appuyé sur le bouton et j’ai poursuivi ma route. Il n’y avait plus rien à faire, juste à continuer mes pas vers ailleurs.
Quelques années plus tard, je retombais sur l’image, je l’avais oubliée.
L’observant, j’ai été surpris de ressentir une émotion à rebours, comme un cadeau qui ne m’avait pas été fait au moment même, comme s’il me fallait partir pour mieux l’apprécier.
Ce moment structuré de plumes sur une lumière d’après midi discret. Ces mouvements supposés par les postures. Tout cela donnait à l’image un relief certain, bien après l’instant.
Lui conférant un caractère précieux, finalement, comme un enseignement sans parole. Silencieux dans le frais du Nord. Des reflets métalliques de chromes ondulés.

