Il y a ce constat un peu fou du rapport de l’homme avec son environnement, qui résiste à toutes les frondes culpabilisantes (web, télévision, groupes & réunions) sur les réalités du genre humain..
L’homme, on nous le présente comme cette grande entreprise de destruction, ce grand maraudeur vorace, ce virus sans morale…
On se voit tous avec nos violences et nos plus bas-faits. Nos souffrances générales nous emmènent à un regard unilatéral et rapide sur le “pire” comme le “meilleur”, le “bon” comme le “mauvais”. Et beaucoup d’entre nous se trouvent viscéralement “pourris”.
Se trouvent rapidement taxés de “mauvais” ou de “bons” au grand dam de leur Liberté perdue en fin de compte.. Misère..
L’homme est mauvais, il détruit ou bien l’homme est bon, il sauve…
Toujours les mêmes opposés incomplets, toujours le même regard facile et finalement peu existentiel, réel.
“L’homme est bon”: je me dédouane de mes responsabilités / “L’homme est mauvais”: de même.
J’en oublie finalement de vivre, de ressentir avec le cœur et les tripes le fil même de la vie. La danse, le mouvement, peu de mémoires grasses mais pas mal d’histoires qui sculptent, qui font l’esquisse des jours. Sans ces étiquettes stagnantes et ces raccourcis faciles qui finalement nous bloquent.
Mauvais, bons: qui peut vraiment savoir?
On voit souvent l’homme comme cette créature méprisable… mais qu’en est-il vraiment de son libre arbitre? Que risque-t-il sinon sa propre vie? Et que peut il faire d’autre, cet homme bien démuni si on le regarde bien face à son destin?
Cette douleur d’accepter que l’on ne fait que ce qui nous est donné de faire: cela semble bien intolérable.
C’est cela qui me touchait, dernièrement.
On pense toujours à l’homme détruisant la planète… Mais pourquoi oublier ce fait très simple? La nature a créé l’homme: dans l’échelle du temps, dans le grand livre de l’Historique, tout commence par un singe nu, apeuré, chevillé à son destin par les attributs profonds qui font de lui un début d’homme, se demandant pour vivre. Tout commence par un Adam, inconscient de son statut et qu’il doit apprendre.
L’homme incroyablement destructeur a connu la faim et le froid. Il a connu la peur et a cherché à faire ce que toute créature en ce monde cherche depuis longtemps: se donner un peu plus de temps, réagir à son instinct.
Et qu’a-t-il fait? Ce qu’il a pu, et tout homme en est là. Il a fait ce qu’il a pu, et a su aller de nombreuses fois au delà de lui même. Et a succombé peut être plus encore.
Je me demande en quoi la culpabilité arrange la chose, quand on prend conscience de cela? Quand on s’aperçoit que c’est la Nature elle-même qui a axé l’homme vers ce chemin d’évolution, qu’elle le nourrit depuis au moins 3 millions d’années à en venir là où il en est?
Nature a fait un pari avec l’homme, elle l’a joué sur un coup de dés. Et l’homme danse depuis, il chute et se rattrape, faisant ce qu’il peut pour que de la grâce sorte de ses gestes plutôt qu’une vulgaire pantomime.
Lancé sans le vouloir vraiment, il fait ce qu’il peut et se retrouve à être assez stupide pour se sentir sage de s’en vouloir…
De même que chaque feuille ne jaunit qu’avec l’assentiment silencieux de l’arbre tout entier,
De même, le malfaiteur ne peut il agir mal sans la secrète volonté de vous tous.
[…]
Vous êtes le passage, et ceux qui y passent.
Et, quand l’un d’entre vous chute, il chute pour ceux qui sont derrière lui,
afin de leur indiquer la pierre qui l’a fait trébucher.
Oui, et il tombe pour ceux qui sont devant lui, qui, bien qu’ayant le pied plus agile et plus sûr, n’ont pourtant pas enlevé la pierre dangereuse..
Khalil Gibran, Le Prophète.
