Évoquant le Japon, elle m’a appris l’existence d’une danse moderne, arrivée au cours du vingtième siècle dans l’archipel écorché par la guerre et deux bombes atomiques: le Butô.

Le Butô 舞踏 est un événement artistique complexe, prolifique et nuancé qui a connu de nombreuses transformations selon les thématiques, en très peu de temps.
J’ai vraiment apprécié de découvrir l’utilisation du corps minimaliste qui convie souvent à des ambiances éthérées, fantomatiques. Ce contexte entre ombre et lumière est pleinement assumé par les pratiquants. Pour cela, on le nomme parfois Ankoku Butô, soulignant ce clair-obscur récurrent dans lequel la gestuelle se réalise.
En marge des styles traditionnels, le Butô prend cependant racine dans une expression culturelle du corps. Les fondateurs ont cherché à briser les codes et les standards de leur époque: le fondement de leur pratique repose sur la recherche avouée de trouver une forme nouvelle, répondant à des problématiques sociales modernes.
Cette démarche rompt presque violemment avec une tradition théâtrale fortement ancrée dans la culture japonaise: Nô et Kabuki en premier lieu.

Cette violence du changement résonne avec les transformations socio-culturelles, économiques et politiques d’après-guerre qui ont poussé le peuple japonais dans des retranchements identitaires qui persistent encore.
La “folie”, la pression sociale, s’extériorise dans une puissante pantomime, parfois solitaire, parfois groupée. Ici, j’évoque le Butô de la première heure, incarné principalement par son fondateur, Tatsumi Hijikata.

Le Butô fut à ses premiers moments un moyen de mettre au jour tabous et tensions sociales. La personnalité sulfureuse d’Hijikata n’aura pas manqué de créer de grands scandales et par la suite, c’est en dehors du japon que le Butô a trouvé son expansion et son évolution la plus notable.
D’autres noms, au fur et à mesure du temps viendront apporter leur touche à une exploration de l’intériorité par le corps. La liberté d’expression étant une pierre angulaire dans le processus créatif, nous avons droit à de nombreuses nuances selon les artistes.
Finalement, c’est toute une diversité de sentiments et d’attitudes qui sont explorées et rien ne laisse de marbre, que l’on apprécie ou pas (je ne mettrai pas certains thèmes devant des regards non préparés).
Ce qui m’impressionne personnellement, c’est l’emploi très fin du corps: il semble a priori déstructuré. L’immense travail de gestuelle sur lequel repose tremblements et mouvements, ralentissements et surgissements, m’ont grandement marqué.
Lors de la discussion, nous échangions justement sur la notion de marche et de pas en Baguazhang: mon interlocutrice a fait un rapprochement très pertinent entre les exercices fondamentaux de marche dans la pratique du Butô et l’utilisation du corps dans les arts martiaux chinois.
La danse et l’art martial… ce n’est pas la première fois que le sujet est abordé. J’ai eu le plaisir de rencontrer Akira Hino, un expert contemporain des arts martiaux ayant été approché par des compagnies de danse pour son utilisation extraordinaire du corps.
La danse et l’art martial… Difficile de lier vraiment les deux, difficile de vraiment les séparer. C’est dans ce contexte de ressemblance dissonante que s’exprime toutes les potentialités du corps: entre mort et vie, joie et pleurs, le corps reste un médium universel et le Butô en témoigne comme une motivation première.
Pour finir, une collaboration franco-japonaise entre le Butô et le théâtre équestre de Clément Marty, dit Bartabas. Le Centaure et l’animal présentait sur fond d’extraits lus des Chants de Maldoror, un paradoxe entre la mort représentée par le Butô, et l’élan vital du cheval, mouvement sur la scène.
Liens corollaires:
Une belle présentation du Butô par le blog de la compagnie Human Dance
Une historique détaillée de la discipline sur japan.canalblog.com
Le site du sankaijuku
Je tiens à remercier Caroline pour sa passion et son ouverture d’esprit, à la source de cet article finalement. Ce fut un plaisir d’entendre son avis sur le Bagua et son parcours artistique très intéressant.

