Thanatos

La mort est une des problématiques essentielles qui sous-tend mon logiciel, ma manière d’appréhender la vie et le quotidien.
Depuis tout jeune, elle m’a toujours fasciné.
Elle est en général un tabou énorme, qui pèse lourd sur la société, et qui, il me semble, la rend souvent hystérique.

En ce qui me concerne, la mort est venue très particulièrement frapper à ma porte il y a de cela dix ans, lors d’un accident qui m’a fait prendre conscience sans détours de ma nature passagère, de l’irrémédiable dégradation du corps. Ce qui aura fini de faire d’elle ma compagne la plus intime, ma conseillère en relativité la plus avisée.

Vivant dans un milieu qui avait construit d’immenses barrières pour l’éloigner de ses préoccupations, j’ai du sortir de mon système pour affronter son image, ses symboles, sa réalité et son inconnu, sa présence parmi mes congénères.

Ce fut personnellement terrible au commencement, mais d’une grande puissance de transformation: au fond, je pense que c’est la plus grande transformation que j’aie eue jusqu’à présent.

La mort est universelle, elle ne souffre d’aucune exception. Elle jalonne notre quotidien, qu’on lui prête attention ou non, elle est un élément inévitable et immuable.

Au moins, une fois dans la journée, j’ai une pensée pour elle, parfois triste, parfois craintive, parfois plus sereine.
La mort est peut être l’une de mes principales limites, ma borne qui me permet de délimiter un monde selon certains critères.

Elle reste l’un des plus grands pivots sur lesquels je base la méditation.

Il m’est arrivé dans ma vie de fuir la mort égoistement, mais aussi de la désirer, de l’appeler.
Jusqu’à présent, jamais elle ne m’a répondu: néanmoins je vis chaque jour sans l’oublier, car je sais qu’elle reste à l’écoute, en lisière de ma propre vanité.

Elle reste l’élément perturbateur du mégalomane, de l’actif hypertrophié, en quête de divertissement, du fuyard devant toute responsabilité (trois facettes qui m’appartiennent, qui m’ont appartenu, sur lesquelles j’appose un travail régulier et libérateur… mais qui sans doute seront toujours là, jusqu’à ma fin), la plus grande possibilité de libération de ces trois thèmes il me semble, du moins personnellement c’est ce que cela a été. Elle est selon moi le plus intransigeant de tous les maîtres, mais également le plus qualifié. Actuellement, plus que tout homme que j’aie connu.

C’est ainsi que désormais je peux presque dire, sans me mentir, que je remercie la mort de m’avoir enrichi à travers nos échanges, à travers sa découverte et ses visites. A son contact, j’ai pu en apprendre un peu plus sur sa nature, et ainsi me poser des questions essentielles à mon chemin, que jamais je n’aurais pu appréhender sans sa présence.

Présence funeste et pourtant source, peu à peu, d’une certaine paix?

J’ai adouci mes confrontations grâce à elle, j’ai relativisé mes idôlatries par elle, j’ai un peu mieux discerné ma place en sa compagnie. Je gâche moins le temps et l’espace qui me sont donnés par elle.

Par elle, j’ai pu entrevoir l’inévitable puissance du Tout par rapport à la partie. La réalité en désormais évidente du destin.
Et relativiser mes opinions, mes idées si raides, ainsi que celle des autres.

Mort, souvent je t’oublie, pourtant, je sais que tu ne tournes le dos à personne. En cela, tu es une force très généreuse.
Souvent je t’oublie, mais je sais que toi, tu ne m’oublie pas.

Désormais, je commence à chercher à vouloir arriver “à l’heure” à notre rendez vous, sans me presser ni me hâter. Peut être simplement t’expérimenter, comme on goûte une pomme, comme on contemple un tableau.

Feuille morteSource: milajesuis.blogspot.fr

2 réflexions sur “Thanatos

  1. Magnifique site, très intéressant et clair. Merci pour ce partage.

    Il y à un an il sait passé une sorte d’éveil en Chine, basculement total des illusions une mort de l’identité avec juste ce qui est maintenant à chaque instant ou le début et la fin ne sont plus, sans “je” “tu” “il”….Conscience immuable “magique”.

    Je partage cela sur un petit site modeste.

    Merci encore

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