
Photographier m’a appris quelque chose de fondamental:
Nous ne regardons jamais assez bien, le monde ne nous touche jamais assez profondément. Par les yeux, on peut effleurer cette sensation profonde de communion avec le monde, la sensation que l’on est le monde, que l’on fait part entière et pleine d’avec le monde, dans l’éternité d’un instant.
Quand un ciel n’est plus qu’un ciel et que le visage de vos amis n’est qu’un souvenir sur le réel, c’est que quelque chose est brisé en nous-même. Plus que le regard qui n’est qu’intermédiaire, plus que la photo qui n’est que production, c’est un rapport avec le sacré qui se cherche, le long des pellicules et des essais.
Comme une tentative vaine d’un retour aux sources du regard à travers un outil pour enfin, peut-être, un jour le jeter.
Avec un peu de recul, l’art me semble au fond une affaire d’incapables maladroits, boiteux tenant leur canne pour ne pas chuter, tous incapables, tous maladroits, quel que soit le statut, prenant plaisir à un éternel jeu d’équilibriste 🙂
