Nous retrouvons Jean-Sylvain et finissons la partie évoquant ses années d’étude et de formation.
Nous allons ensuite aborder son point de vue actuel sur la médecine chinoise en France.
Pour finir, nous lui poserons quelques questions d’ordre général, qui déboucheront sur de vastes sujets et concluront cet entretien, riche d’informations et de réflexions.
J’espère que vous l’apprécierez comme j’ai pu apprécier de découvrir l’homme.
Souhaitons à Jean-Sylvain la réalisation des divers élans qui motivent son propre mouvement.

Dans tout ce long apprentissage, quelle a été ta plus grande difficulté en tant qu’étudiant ?
Il y en a eu deux.
La première a été dans la mise en application du savoir : arriver à obtenir en pratique clinique des résultats satisfaisant dans le traitement de la douleur.
Quand je suis sorti de l’école, j’ai travaillé au sein d’un gros cabinet de kinésithérapeutes au Luxembourg : j’avais donc des kinés qui m’envoyaient des patients souffrants de douleurs diverses et je traitais beaucoup en traumato’.
Autant, avec des cas supposés difficiles de type allergies et maladies auto-immunes j’avais des résultats, autant sur le traitement de la douleur je n’en avais pas, ça ne marchait pas. Tendinites, lombalgies, cervicalgies, canal carpiens… vraiment peu de résultats.
Cette première difficulté a été d’arriver à faire évoluer ce constat d’échec et la MTC ne répondait pas à ce besoin.
La deuxième difficulté a été de sortir du cadre de l’école et de me retrouver confronté à la montagne d’informations, l’océan d’informations dans lequel on baigne quand on s’intéresse la médecine chinoise et quand on décide de sortir du cadre strict de la MTC actuelle. C’était de suite très compliqué, parce que cela crée un vrai « bazar » dans la tête.
Par exemple, après avoir reçu l’enseignement du Dr Wang Ju Yi, j’ai commencé à essayer de mettre en application la palpation des méridiens sur mes patients et j’avais du mal à exprimer clairement un diagnostic et un principe de traitement.
C’est donc bien d’apprendre de nouvelles choses, mais pendant un moment, cela crée de la confusion : avant de recadrer les informations et de faire sa propre synthèse, cela demande du temps.
A ce sujet, si je peux donner un conseil aux étudiants de médecine chinoise, ce de ne pas ouvrir plusieurs livres à la fois, mais d’en étudier un jusqu’au bout puis de le refermer et de synthétiser ce qu’ils en ont compris. Ce n’est pas la peine de courir plusieurs lièvres à la fois, on sait que cela ne mène généralement nulle part. Ce qui n’empêche pas, à la fin des études classiques, de se lancer dans d’autres styles et aventures.
Le risque est de créer trop de confusion et qui dit confusion, dit par la suite en cabinet, déclin des résultats.
Et des facultés ?
Exactement ! Plus on court après des pistes différentes, plus on est dispersé, moins on est attentif quand il s’agit de poser les aiguilles, de masser etc.
Pour garder une intention forte, il faut garder une structure de l’esprit qui soit claire.
En tant qu’étudiant, je discute régulièrement avec mes camarades d’étude et je constate que certains ne veulent pas être praticiens, qu’ils n’en ont pas envie : ils accomplissent une démarche très personnelle et ils n’en feront pas leur métier. Pour ta part, qu’est-ce qui t’a amené à ouvrir un cabinet et faire de la médecine chinoise ta profession ?
Écoute Lionel, ici il y a un message fort à passer et on ne peut pas transiger avec ça : quand on veut s’investir en médecine chinoise, on est obligé d’aller mettre les mains dans le « cambouis ». Quand on est mécanicien, on ausculte le moteur, on démonte, on voit, on ne renvoie pas chez le concessionnaire.
Aller au fond des choses, c’est cela le véritable enjeu, la clé de la Tradition. Il n’y a pas forcément de « fond » d’ailleurs : en tout cas aller au maximum de nos capacités.
Comment sait-on qu’on est allé au bout ou pas ? C’est la pratique clinique qui le révèle.
Comprendre de façon intellectuelle l’usage des cinq phases (Wu Xing) peut être simple, on fait cela en première année et on peut s’en sortir dans un examen de type QCM, passer haut la main un examen de type théorique.
Mais quand il s’agit d’appliquer cette même théorie sur du vivant, là on commence à entrer dans l’aspect « artistique », subtil des choses.
Donc pour toi en fait, la pratique en cabinet est un moment de vérité ?
C’est ça, oui.
L’entraînement, c’est l’école. La véritable pratique, c’est le cabinet : au delà du cabinet, il n’y a rien.
Qu’est-ce qui te motives le plus en ce moment en tant que praticien ?
Le plus bel aspect de cette profession est de voir s’éclairer les yeux des gens quand on les soulage.
C’est cela la plus belle récompense.
Le but de la médecine chinoise, pour moi en tout cas, c’est de créer du lien social, rencontrer l’autre.
C’est donc d’être au service de l’humanité en fait.
Aujourd’hui, on a pas tant besoin de « techniciens » que d’individus qui développent une compassion certaine et qui savent tisser des liens entre nous.
Un de mes professeurs en arts martiaux m’a fait comprendre un jour que les arts martiaux, comme toutes les activités relevant de l’humain sont censées faire de nous des transformateurs et des « ponts ».
Tu es d’accord avec cette idée pour la médecine chinoise ?
Complètement. Ma femme, qui possède une grande sagesse, dit souvent que nous sommes tous des passeurs.
Qu’est-ce qu’il va rester de notre expérience de vie ici ? On expérimente la matière et les émotions.
Notre richesse, c’est la qualité de nos émotions. Quand je parle de qualité, je ne parle pas uniquement des émotions agréables : on expérimente la joie, mais aussi la colère, la tristesse etc.
En expérimentant les émotions, on se fait présent à soi et aussi aux autres : c’est cela le trésor que l’on peut emmagasiner pour nous et pour la collectivité.
C’est peut-être cela, un des messages profonds des Wu Xing ? La bonne colère, c’est ce qui permet la bonne joie ?
Mais c’est ça. Il ne faut pas oublier que la colère peut permettre de dépasser la peur.
Encore une fois, les arts martiaux dans ce domaine sont une voie royale dans la gestion et la compréhension des émotions. J’ai peur, j’expérimente la peur et je finis par être en colère car j’ai peur. Mais quand je suis en colère, je dépasse ma peur : ensuite on est prêt pour le passage dans le cœur, cette transcendance qui correspond à l’amour inconditionnel, l’ amour agapê. Et cela permet d’éteindre la colère et de la dépasser. Mais on ne passe pas de la peur à l’amour inconditionnel, on passe d’abord par cette énergie du Bois, la réactivité de la colère.
Un de nos enseignants en QiGong à l’EMCQG, Maitre Zhang Wenchun, nous dit qu’il faut être tout le temps un petit peu en colère : Il faut cependant une certaine qualité de colère, savoir être présent dans cette émotion, l’observer, la vivre et s’en détacher par la suite.
Qu’est-ce que le statut de praticien a changé en toi ?
Ça, il faudrait peut-être le demander à mes proches, c’est difficile à dire…
Tu sais Lionel, je suis toujours en colère (rire), ça m’arrive, je suis réactif, je râle… C’est juste en fait que j’essaie de ne pas créer de « dossier » : cela ne sert à rien d’emmener la colère avec nous au delà de l’émotion. J’essaie de pacifier mes relations avec les gens en général.
Le praticien face à sa médecine
Après toutes ces perspectives internationales et ces voyages, revenons au « local » : Quel est ton point de vue actuel sur la MTC en France ?
Alors, on va me détester pour ce que je vais dire… mais bon : vieille France.
Il y a des dogmes auxquels il ne faut pas toucher. J’ai donné pas mal de cours en France et j’ai vu pas mal de gens, d’étudiants d’horizons différents et j’ai senti un sentiment de frustration général. Beaucoup de gens on soif d’expériences et finalement très peu acceptent le dogme.
Nous ne sommes plus dans une ère où l’on peut se contenter uniquement de l’expérience des autres : nous avons beaucoup d’étudiants qui finissent leurs études en ayant acquis énormément de connaissances intellectuelles mais avec peu de mise en pratique de ces connaissances. Cela ne génère que peu de qualités de praticien.
Donc deux constats :
Le premier : l’enseignement me semble vieillissant et conduit souvent à une inefficacité clinique. Les étudiants ne sont pas assez bons en MTC et alors ils vont aller faire autre chose pour « compenser » leur lacunes : ostéo occidentale, fleurs de bach, etc. C’est vraiment dommage.
Deuxième point : On a trois grandes fédérations, ou mouvements, en France : une qui se réclame de Soulié de Morant et des pères fondateurs de l’acupuncture française : Charles-Laville Méry par exemple ; une autre fédération qui se réclame de Leung Kok Wen et de l’héritage plus moderne de la Chine populaire ; et enfin la clique de Philippe Sionneau, qui fait cavalier seul.
Ce sont trois grandes familles, qui ne s’entendent pas, du fait du dogme. Cela crée un manque d’ouverture sensible.
J’invite toutes ces personnes à se rencontrer, à se réunir et surtout à ouvrir des discussions pragmatiques sur la pratique clinique : c’est cela qui aiderait à apporter de la crédibilité à la médecine chinoise en France.
Une démarche de vérité.
C’est ça, une démarche de vérité : est-ce que Wei Zhong, le 40 Vessie, fonctionne de manière empirique, puisque c’est le point maître des lombes, ou il y a derrière une théorie qui peut expliquer l’action du 40 Vessie ?
Le problème, c’est que cela fait 70 ans que les gens qui pratiquent la médecine chinoise la présentent au corps médical occidental et aux officiels de façon « mystico-mystique ».
Il ne me semble pas que ce soit la meilleure stratégie de communication.
Les ouvrages classiques chinois nous enseignent une médecine fonctionnelle qui a son propre vocabulaire et sa propre matrice de pensée. Essayons un instant de comprendre cette matrice de pensée, et observons de façon pragmatique, en pratique clinique les résultats de la mise en application de ces concepts. Ensuite, expliquons en terme de médecine moderne, occidentale ce que l’on observe comme causes et comme effets.
Que peut apporter la médecine chinoise à la médecine conventionnelle, selon toi ?
C’est simple : je rêve du jour où je pourrai aller à l’Hôpital d’Annecy ou ailleurs et où je démontrerai par exemple, par le biais d’un protocole simple et de manière rationnelle l’action de l’acupuncture sur les chaînes musculaire. En utilisant évidemment des concepts qui sont anciens, on doit démontrer que les effets de l’acupuncture sont réels et surtout mesurables en termes biomédicaux.
A Ibiza, je travaillais avec deux médecins, et je leur expliquais comment, via la stimulation des aiguilles, j’avais une action sur le système nerveux : l’information est induite par la puncture et conduite jusqu’au néo-cortex ; le néo-cortex prend alors les décisions nécessaires au retour à l’homéostasie. C’est le patient qui, sur la base d’une stimulation à l’aiguille, se soigne.
Présenter l’acupuncture au corps médical de cette manière nous permet de faire un pas vers la réconciliation de ces deux médecines en France.
Il y a de très nombreuses études faites dans ce sens ; on peut notamment se référer au le livre du Docteur Donald Kendall, Dao of Chinese Medecine , publié en 2012, qui analyse l’acupuncture d’un point de vue clinique moderne, et c’est remarquable. Le lien étroit entre le système des méridiens et le système vasculaire est expliqué de façon très pertinente et représente sans doute un des aspects les plus spectaculaires de ce livre. Le système des canaux d’acupuncture englobe bien sur tous les « systèmes », le système cardiovasculaire, endocrine, nerveux, lymphatique, etc.
Je crois qu’on peut parler d’Information et de concepts fins, subtils qui sont presque du domaine de la spiritualité : on peut expliquer l’influence de l’intention, du Shen, de l’esprit sur le corps, on peut parler de médecine informationnelle, les scientifiques sont prêt à accepter ces idées là, on le fait déjà avec la médecine quantique.
Mais je ne crois pas qu’on puisse continuer à parle de Qi quand on s’adresse aux médecins, sans aborder avec eux les concepts médicaux qui jettent un pont entre l’orient et l’occident et donnent du sens aux mots.
A moins de réorganiser l’idée de base.
C’est ça : à moins d’expliquer ce que c’est, ce que l’on entend par là.
En physiologie classique chinoise, quand on comprend que le contexte c’est ce qui prime pour une bonne compréhension des textes, on essaye d’abord de comprendre le contexte, avant de s’attacher aux mots …
On se rend compte que neuf fois sur dix, lorsque l’on parle de physiologie, on peut remplacer le mot Qi par le mot « oxygène ».
Pourquoi voit-on au petit matin les pratiquants de Qi Gong ou de Taiji aller pratiquer sous les arbres ? C’est évidement parce qu’on veut s’oxygéner et que c’est à ce moment du jour que les arbres produisent le l’oxygène.
Il faut absolument qu’on arrive à transcrire notre pratique clinique en termes médicaux modernes. C’est important.
Une fois de plus, faire des ponts.
Encore une fois, oui c’est faire du lien.
Bon, je pense que tu n’as aucun problème à penser la Médecine Chinoise comme une médecine mondiale ?
C’est la médecine du futur : On y va tout de suite, c’est en cours. On parle de la France, mais la France est à la traîne par rapport aux autres pays du monde.
Le praticien dans son cabinet
Parmi les diverses méthodes de traitement, qu’elle est celle que tu es amené à utiliser le plus couramment ?
C’est bien-sûr la poncture à l’aiguille filiforme. Je dirai que c’est 70% de mon travail.
20% de poncture à l’aiguille triangulaire : la micro-saignée. Dans les 10% qui restent, tu vas pouvoir ranger la psychothérapie (Xin Li), l’ostéopathie virtuelle, le QiGong Médical, et toutes les techniques annexes d’acupuncture : Moxa, Ventouses, GuaSha etc.
Est-ce que tu penses avoir changé de technique et de pratique au cours des dernières années ? Combien de fois ?
Oh que oui !
On peut dire qu’il y a eu 4 grands changements.
Passer de la MTC à l’acupuncture de style méridien avec d’abord la palpation des méridiens du Dr Wang Ju Yi, puis court passage au style de poncture à la japonaise on va dire, avec des techniques très subtiles, des aiguilles très fines sans manipulation des aiguilles en général, distinction dans la traitement de la racine et de la branche, point importants / points secondaires.
Et puis plus récemment, l’acupuncture de maitre Tung, très différente de l’acupuncture moderne, possédant sa propre logique et sa propre organisation du corps en 5 systèmes, mais néanmoins très traditionnelle, qui permet d’ailleurs au praticien un moyen extraordinaire de comprendre la MTC en sortant du dogme des écoles occidentales. Les techniques de puncture sont différentes, souvent basées sur la stimulation de tissus et de zones physiologiques particulières, comme la puncture périostale, profonde, proche de l’os qui agit directement sur le domaine du Rein. Je pratique aujourd’hui la version « ITARA » de l’acupuncture de maitre Tung, c’est à dire celle transmise par le Dr Robert Chu. Je pratique en fait la méthode optimale du Dr Chu qui intègre le style Tung et l’explique de la meilleure façon qui soit, c’est à dire par la combinaison du système des 5 dépositaires (les 5 zang) et des liu jing (les 6 divisions ou grands méridiens). L’acupuncture optimale utilise également la chrono-acupuncture, l’acupuncture du taiji abdominal, la cranio-puncture et une multitudes d’autres approches cliniques remarquables.
Quels sont pour toi les critères nécessaires pour l’établissement d’une pratique efficace ?
C’est simple :
Le premier point : c’est de pouvoir identifier clairement la localisation de la maladie.
Est-ce qu’on est face à une symptomatologie de type zangfu,, viscérale, ou est-ce que la pathologie se trouve dans les méridiens ?
Pour faire cela, retour à la base, au Ling Shu. Dans le Ling Shu, on nous donne tout ce qu’il faut, puisqu’on a à la fois une symptomatologie de type méridien qui est décrite et une symptomatologie de type zangfu non pas en terme de syndromes MTC, comme Pi Qi Xu par example, mais en terme de manifestations cliniques.
Le deuxième point est d’identifier précisément en fonction de la symptomatologie et du diagnostic, les méridiens que l’on va traiter. Là aussi le Ling Shu donne des informations intéressantes.
Le troisième point est de sélectionner judicieusement, sur ces méridiens que l’on utilise pour le traitement, les points dont l’action thérapeutique est la meilleure.
L’usage classique, décrit dans le Ling Shu, des points antiques est une excellente stratégie à adopter.
Quatrième étape : choisir l’action que l’on va avoir sur ces points : va-t-on saigner, piquer à l’aiguille filiforme, poser des ventouses, masser, tonifier ou disperser ?
Cinquième étape enfin : la mise en application de toute cette stratégie.

Est-ce que tu as des petites habitudes, des rituels de travail en cabinet ?
Oui, j’en ai un… Je ne sais pas si je dois dire ça (rire).
En cabinet, j’essaie justement de ne jamais être dans la routine !
Grâce à l’acupuncture optimale, j’ai le choix entre de nombreuses stratégies de poncture.
Ici, à Sévrier, je traite entre 8 et 10 patients par jour : dans la même journée, parfois, je vois trois, quatre cas de lombalgie.
Le but, l’idée c’est de ne pas répéter plusieurs fois la même stratégie : il s’agit de pouvoir varier les approches et de changer en fonction des cas.
Il m’arrive de me faire des journées à « thème », où j’essaie de ne traiter qu’en utilisant les cinq phases, les méridiens tendino-musculaires, les canaux réguliers, les ventouses etc.
Bien sûr, si j’ai des cas qui demandent autre chose, je fais autre chose (rires). Mais l’idée c’est de garder cet esprit d’ouverture et de choix conscient.
Est-ce que tu as une anecdote à nous raconter qui t’ai marquée en cabinet?
Oh, j’ai beaucoup d’anecdotes sur la pratique en cabinet !
…
Celle là est pas mal : Je faisais pas mal de domicile à Ibiza. Un jour, j’arrive dans une villa et je vois une dame qui ouvre la porte, elle est courbée en deux.
Je vois la forme de son corps, je constate l’état de son dos, je m’entretiens quelques secondes avec elle, et je lui dis de ne pas bouger, ce n’est pas la peine d’aller plus loin : je pose ma sacoche dans l’entrée et je poncture le 67 Vessie : instantanément, la personne se redresse de tout son long. Elle me dit : « vous êtes un magicien, je n’ai plus de douleur. ! »
C’était pas mal !
Ça c’est le type de cas qui relève du « miracle », mais qui se base en fait sur l’analyse de la dysfonction posturale. Le choix du méridien à traiter et le choix des points sur ce méridien découle de cette analyse. On peut donner une piste de réflexion pour l’analyse : 67 Vessie, point métal, sur méridien Eau, point mère, renforce la phase eau Rein/Vessie, point Jing-puit, traite le jing jin, le canal musculaire du tai yang de pied …
Ce qui est curieux en cabinet, c’est que des fois, pour des patients qui viennent pour des choses qui paraissent bénignes ou élémentaires, on a du mal à avancer. Alors qu’au contraire, on a des grands cas de médecine interne traités en quelques séances.
Ça me rappelle un autre cas à Ibiza : je reçois une jeune professeur, 27/28 ans, paniquée car on lui a découvert un ulcère à l’estomac. Elle ne dort pas, rien ne va plus.
Je vois son état et je me dis : il y a du boulot ! J’essaie d’amener les choses : je lui dis qu’il faudra peut être huit à douze séances pour avoir un résultat.
Au final, je fais trois / quatre séances d’acupuncture et plus de symptômes ! Le plus fort, c’est qu’elle est retournée trois semaines après faire une visite de contrôle par IRM, et plus rien !
En faisant le bon choix de points, de méridien, un bon diagnostic, on envoie une information au cerveau qui stimule la réparation des tissus. Contrairement à certaines idées reçues, on peut traiter uniquement en acupuncture les problématiques internes, avec de très bons résultats.

Questions ouvertes
Les musulmans auraient cette expression: “la connaissance et la sagesse, il faut être prêt à aller la chercher jusqu’en Chine”. Tu es d’accord avec l’idée?
Je pense que la conscience humaine fonctionne comme les WuXing: elle alterne entre le Yin et le Yang, elle suit les cycles d’évolution et d’involution. La “Lumière” est portée par les différentes civilisations au fur et à mesure de l’histoire de l’Homme: à un moment donné, elle a été en Chine, à un moment donné en Europe, etc.
Donc, je ne crois pas que la philosophie extrême-orientale ait quelque chose à proposer qu’on ait pas ici en occident. Pour moi, il est aussi important d’aller chercher dans ma propre culture, dans mes propres gènes.
C’est là, c’est à portée de main: il faut juste d’avoir la clé.
Ce que je vais dire là est une chose qui n’implique que moi : on parlait tout à l’heure d’astrologie sacrée.
Je pense que l’astrologie est la mère de toutes les traditions humaines, elle est à l’origine de toutes choses. Cette astrologie n’est pas chinoise, elle n’est pas grecque. On peut la faire remonter jusqu’à l’Égypte ancienne, la Chaldée, voire au-delà. C’est une base commune de connaissances que partage l’humanité. Après, ce sont les applications de cette science ancestrale qui sont propre à chaque culture : oui la médecine chinoise est chinoise, même si elle est basée sur des concepts qui ne sont peut-être pas chinois à la base, mais universels.
Donc, la médecine chinoise pour toi est un bon vecteur de fraternité?
Je ne peux pas dire le contraire! (rires)
Si on va au “bout” des choses, qu’on fait un peu d’épistémologie de la médecine chinoise: quand on prend la médecine antique égyptienne, on retrouve les cinq phases, on a même le concept des méridiens.
Ensuite, cette médecine méconnue est oubliée au Moyen-Orient, conservée puis transformée en Extrême-Orient.
Donc, si on arrive à se rassembler autour de cette origine commune, cette culture commune à l’ensemble des peuples, on est alors forcément dans un discours de fraternité.
Une fois de plus, le but est de s’affranchir du dogme et de ce qui nous sépare pour aller vers ce qui nous réunit.
On parle souvent du Dao dans de nombreux sujets, médicaux ou hors-médicaux: mais pour toi, au quotidien, le Dao c’est quoi?
… C’est difficile le Dao.
On a parlé des émotions tout à l’heure : le Dao, c’est pour moi notre capacité à entretenir avec les autres de bonnes relations, créer des expériences, du lien avec nos semblables.
C’est le partage, faire circuler pour conserver une position d’équilibre : on dit que le Dao, c’est la voie du milieu. Et qui dit équilibre, dit parfois alterner entre les extrêmes.
Je crois que c’est cela en fait : suivre la voie du Dao, c’est procéder de façon dichotomique. Avant de marcher au milieu, il faut s’être promener à gauche et à droite. Il n’y a pas d’équilibre statique: tout à l’heure, on parlait des Wu Xing: c’est cela en fait.
Au moment où l’on arrête de faire circuler, qu’on ne vit plus rien avec les autres, qu’on est plus un passeur, c’est là que tout s’effondre.
Cela correspond bien avec cette idée d’impermanence du monde manifesté : si on s’accroche aux choses, qu’on est statique dans notre vision du monde, on développe des pathologies de l’esprit et puis bien sûr ensuite, le corps physique est touché.
Cet équilibre est nécessairement dynamique : c’est un mouvement perpétuel.
Est-ce que tu penses qu’à notre époque, la Tradition (qu’il faut savoir identifier, comprendre, ce qui est déjà l’affaire de toute une vie..) et la Transmission sont toujours d’actualité? Est-ce qu’elle existe toujours à notre époque?
Non… Enfin…
Je me rends compte des difficultés aujourd’hui, car les gens sont pressés d’acquérir des outils.
Les gens sont concernés par le temps qui passe.
J’en parlais encore aux quatrième années dernièrement, qui sont pressés et qui ont faim de passer à la pratique en cabinet: je leur disais qu’ils étaient en train de passer à côté de choses importantes. Ce qui est important, c’est le temps qu’on a passé à l’étude, le temps passé ensemble, à échanger, à partager.
Si on est pressé, si on veut se passer de ce temps nécessaire à la transformation personnelle, on est en dehors de la Tradition. En fait, on ne se respecte même pas soi-même, on ne comprend pas le mécanisme d’évolution: il faut donner du temps au temps.
Pour finir Jean-Sylvain: la géométrie, c’est quoi pour toi?
… la géométrie… en fait, c’est le langage de Dieu! Tout est angle, géométrie, nombre et symboles.
Merci Jean-Sylvain
Liens et références sur le sujet:
EMCQG: École de Médecine Chinoise et Qi Gong
Dao of Chinese Medecine: Understanding an Ancient Healing Art by Donald Edward Kendall.
Pour contacter Jean-Sylvain:
jean-sylvain.prot@mtc-qigong.fr



