Une Voie: Réformer par la courbe

Attention: les propos qui vont suivre sont ceux d’un étudiant et en aucun cas n’ont valeur de vérité générale ou de conseils de pratique. Ils sont les considérations issues d’une pratique: ainsi, ils sont autant découvertes qu’errements.

L’utilité sublime du Bagua NeiGong réside dans sa méthode, simple et extrêmement profonde.
La marche circulaire a priori semble un jeu et une danse.
Pourtant dans l’action de la marche circulaire, de nombreux bienfaits se font rapidement sentir.

Une sagesse bio-dynamique.
Tous les professionnels du corps l’ont appris: les muscles ne sont pas droits.
En fait (et c’est un fait scientifique et empirique facile à constater) rien n’est en vérité droit dans la nature: tout participe à une sorte de mouvement constant qui demande pour ce faire, une “instabilité” permanente.

De ce jeu entre stabilité et instabilité, vide et plein naît la courbe.

Ainsi, même la ligne droite tracée à la règle possède une irrégularité: rien ne saurait être plan et linéaire, si ce n’est ce qui est perçu par les sens et estimés par eux comme tels. L’aspect tri-dimensionnel de l’univers explique cet état de fait.
La non linéarité des muscles et des divers outils du mouvement possède une explication biomécanique, liée à la contraction et à la décontraction des tissus, à l’optimisation de l’espace dans l’organisation du haubanage musculaire, et à son potentiel de variation dans les angles et les sens, permettant de nombreux mouvements.

Courbes organisées, pour permettre les meilleurs et les plus divers mouvements
Courbes organisées, pour permettre les meilleurs et les plus divers mouvements – Croquis anatomiques attribués à Leonardo Da Vinci

Les muscles possèdent tous un aspect torsadé, que ce soit dans la disposition ou sur leur longueur. Ainsi, s’il existe une ligne possible dans tout mouvement, elle passe obligatoirement par l’emploi conscient ou inconscient de différents “arcs” de chaînes musculaires.
La stature droite, elle même, repose sur un jeu subtil de maintiens et de laisser-aller dans ces mêmes chaînes musculaires, réunies à différents points du corps sur des pièces du squelettes, carrefours indispensable à une coordination efficace.

La marche circulaire et les “permutations” des paumes que je pratique journellement s’effectuent dans ce que j’espère être fluidité et enchevêtrements de cercles. Ce peut être des cercles si légers et petits qu’ils sont invisibles de prime abord, ou bien parfois de grand mouvement très visibles. Par l’intermédiaire de ces cercles, je permets à chacun de mes muscles d’utiliser en décontraction la pleine amplitude disponible et ainsi permettre une coordination optimale: bien sûr, je n’ai pas dit parfaite, mais optimale..

Ainsi, pendant l’exécution de mes mouvements, j’intentionne (ou plutôt je laisse faire?), même dans un mouvement linéaire une légère “échappatoire” circulaire, que seul un certain relâchement rend possible et utile.
Ceci dit, garder un agencement adéquat entre une structure squelettique raisonnable et une décontraction générale est le nœud du problème de la marche. Trop se relâcher, c’est se “déchaîner”, se déstructurer. Trop se tendre, c’est verrouiller tout mouvement.

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Croquis du système nerveux  attribué à Andreas Vesalius
Système circulatoire
Le système circulatoire sanguin représenté en détails

 

 

 

 

 

 

 

Toujours dans le cadre de la bio-mécanique, le verrou du mouvement n’implique pas que la restriction du mouvement musculaire. Il implique aussi la restriction de tous les mouvements internes: d’abord le mouvement naturel du sang, mais aussi celui de l’appareil respiratoire, des échanges hormonaux, de la lymphe et de l’influx nerveux, nécessaire à tout fonctionnement.

De ce point de vue, la marche circulaire du Bagua permet à la fois de respecter l’amplitude musculaire par son aspect circulaire mais aussi de produire un optimum des divers liquides organiques du corps.

 

Opérer ses changements de postures dans un mouvement en cercles, permet quand on a un bon rythme un relâchement progressif du corps tout entier. Cela, sans l’alourdissement et l’avachissement qui accompagne généralement cet état physique: subtilité décisive.

Le relâchement issu d’un tel état du corps permet l’harmonisation de l’influx nerveux et le calme de l’esprit. En outre, une marche d’abord rythmée (c’est mon cas la plupart du temps) permet de développer une proprioception convenable à l’harmonisation du geste et de la respiration. Et la respiration, c’est peut être du souffle, mais c’est aussi du sang: la boucle est bouclée.

Les divers aspects du Qi.

Le concept de Qi en médecine chinoise est assez vague, non pas dans son fonctionnement mais dans ses représentations. Certains voient en lui une “énergie” présente dans le corps, d’autres le considèrent comme le mouvement même du corps en vie, d’autre comme le sang circulant dans le corps, d’autre comme l’expression dynamique de la respiration, etc.

Pour ma part, j’ai tendance à synthétiser le tout et à m’intéresser à ce “vague” sémantique entretenu par les classiques eux-mêmes: je me dis que ce flou n’est pas artistique mais reconcentre le praticien sur la notion intrinsèque du Qi: son aspect dynamique en dehors de toute formalisation.
La médecine chinoise considère que le mouvement est la base de toute santé. Ainsi, se garder dans la meilleure santé possible, c’est entretenir une biodynamique actuelle et se poursuivant.

En tant qu’étudiant en NeiGong, je m’emploie à faire en sorte que toutes les fermetés nécessaires à ma santé soient la réunions des diverses dynamiques de mon corps. Et qu’ainsi, ces fermetés se ressentent plus sous la forme d’une légèreté et d’un mouvement intérieur que comme une “raideur”, signe de blocage et donc d’arrêt du mouvement.

La marche circulaire du Baguazhang m’aide en ce sens, car en opérant dans l’espace une suite de courbes, on participe à rappeler au corps ses divers sens a priori paradoxaux.
Cet exercice permet alors une tenue correcte et pourtant dynamique: la définition même du Shisei japonais, ou posture comme intériorité se mélangent sans se contredire.

Représentation du Bagua et du Taiji, vraisemblablement datant du 14ème siècle.
Représentation du Bagua et du Taiji, vraisemblablement datant du 14ème siècle.

 

Évolutions en révolutions.

Au fur et mesure des pas, je me sens plus léger et plus droit, je ressens de nouveau des parties du corps endormies par l’isolement. D’abord boiteux et tiraillé, je me sens chaque jour glisser plus comme à la surface d’une eau calme.
Ma démarche se voit devenir plus légère et mes mouvements semble prendre leurs départs d’autre part qu’habituellement.
Ces considérations imaginaires, au contraire de me faire “planer”, renforce en vérité mes sensations et me permettent une pérennité au quotidien.

On ne peut pas faire que tourner en rond, voyons… 🙂

2 réflexions sur “Une Voie: Réformer par la courbe

  1. sans être encore versé dans les arts martiaux tes explications et tes ressentis me parlent en profondeur et trouve échos, je vais envisager de tourner en rond plus souvent histoire de sortir de la sphère habituelle 😉

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