Aiki Taikai 2014

J’ai eu l’opportunité pour la première fois de participer à un évènement extrêmement enrichissant: le temps d’un week-end, j’ai pu découvrir l’art martial dans une belle diversité et clarifier mes idées sur les modalités de son enseignement, la variété des méthodes et comment vraisemblablement certains postulats créent telle ou telle école. J’ai été très enthousiaste à l’idée de rencontrer des personnalités diverses, de voir combien des caractères, des attitudes vraiment différentes, voire quasiment opposées se réunissent autour d’une pratique au final vaste et capable d’accueillir de nombreuses démarches et raisonnements.

Tous les professeurs étaient différents dans leur approche, leur personnalité, leur manière de donner et le “message” qu’ils ont cherché à nous laisser le temps d’une heure et demi en leur compagnie.

J’ai participé à 7 cours:

– Le Jyu Kempo de Philippe Cocconi

– Le Ba Gua avec Allen Pittman

– La Sagesse du corps de même avec monsieur Pittman.

– Le Yoshinkan Aikidô avec Jacques Muguruza.

– Le Katori Shinto Ryu avec Jean Paul Blond.

– Le Ryushin Shochi Ryu avec Farouk Benouali.

– L’aikidô avec Brahim Si Guesmi.

 

Jyu Kempo: savoir se remettre en question, rester ouvert au réel.

Mon état d’esprit était assez neutre lorsque j’ai abordé le cours de Jyu Kempo: ni enthousiasme, ni réticence.J’étais assez joyeux à l’idée de pratiquer avec les différents profils d’individus que j’avais pu remarquer en m’approchant des tatami: sortant de ce cours, j’ai été vraiment heureux d’avoir pu y assister.

Durant le cours, nous avons pu prendre connaissance de la passion de monsieur Cocconi, de l’énergie qu’il met dans sa pédagogie et de son esprit optimiste, courageux et réfléchi. Sa recherche d’une self défense efficace l’emmène à reconsidérer l’affrontement sur de nombreux points et c’est cet état de constante remise en question qui m’a le plus marqué et que je retiendrai essentiellement de ses démonstrations et conseils. Nous avons pu être corrigé sur nos manières d’aborder l’entraînement et invités à repenser nos attitudes corporelles, notre comportement émotionnel, en bref notre manière d’envisager le combat.

Nous avons pu goûter, au moins un peu à son sens de la recherche et à l’engagement total avec lequel il se donne dans les cours. Dans le cadre de l’Aiki Taikai, je trouve que ce fut une excellente entrée en matière.

 

Ba Gua: La forme, le corps, l’intention.

Allen Pittman est une des raisons qui m’ont amené à participer à l’Aiki Taikai. Donc, c’est évidemment avec des a priori que j’ai abordé son cours. Le “danger” de ce type de situation, c’est d’uniquement transférer sans jamais profiter exactement de l’enseignement proposé. Je remercie donc monsieur Pittman de nous avoir fait profiter de son enseignement serein, fortement démonstratif et progressif, au fond très en accord avec des rythmes naturels et qui semble à mon humble avis l’une des bienfaisantes spécificités des arts martiaux chinois.

Son approche différente dès le départ, qui ne s’axait pas sur une démonstration directe de l’enchaînement, m’a permis de casser le rythme et d’aborder la pratique l’esprit plus vide, plus clair.

Nous avons travaillé sur quelques phases des changements de paume du Bagua et pu mesurer combien ses formes de corps a priori “exotiques” se justifient. Selon lui, le Bagua est une forme de jujutsu chinois, proche de l’aikidô dans son aspect circulaire. Il nous a démontré différentes techniques de contrôle articulaire, de frappe, de dégagement et de déplacement et nous a invité à prendre conscience de l’importance du travail sur l’attention de l’assaillant afin de créer des ouvertures et des opportunités. Une heure et demi, c’est évidemment court, mais à travers la forme, nous avons pu identifier les grandes lignes des principes corporels étudiés dans le Bagua. Comment pour valider le cercle, il faut un vrai centre.

Ce fut un subtil moment de partage, et nous avons tous pu rencontrer un homme mûr de nombreuses expériences, plein d’une bienveillance discrète et mâtinée d’un subtil sens de l’humour. Ses commentaires en fin de cours sur l’importance de développer en parallèle d’une pratique de destruction pour la défense, une méthode complémentaire et équilibrante de guérison ne pouvaient, au vu de mes autres pratiques, que me parler.

Sagesse du corps: la conscience de notre corps détermine notre manière de l’utiliser et de le vivre.

L’après midi, je retrouvais Allen Pittman. Et autant dire que l’expérience fut une fois de plus un moment plein de qualité. Déjà parce qu’une heure et demi de cette pratique et quelques postures allait jusqu’au lendemain midi, soulager notablement la douleur de hanche et de dos qui m’accompagnait depuis le début du stage et qui diminuait mon amplitude de marche et me déstabilisait, de plus parce que les commentaires parallèles à la pratique que nous essayions nous a permis de comprendre les liens subtils qui existent entre la perception que nous avons de notre corps et notre manière de l’utiliser.

Ce qu’Allen Pittmann a su faire, il me semble, c’est de nous prouver en peu de temps, ce qu’il y avait d’extraordinaire, d’unique et de potentiellement positif en l’homme, cette créature qui est capable autant d’apprendre de lui-même, que du monde environnant, et surtout d’y être créatif, d’ajouter en quelque sorte au naturel.

Nous avons par l’intermédiaire d’une méthode de relaxation fait un lien avec notre passé et notre enfance, prenant conscience que la stature debout est la résultante oubliée d’une longue maturité. Écoutant monsieur Pittman nous expliquer les différentes phases d’apprentissage du corps de l’enfant sur lui-même, je reprenais connaissance avec des souvenirs vieux, me rappelant combien l’enfance est une période plus intense que douce, dans laquelle le corps, l’esprit et la sensibilité fonctionnent puissamment malgré notre petite taille et notre fragilité.

Enfin, notre professeur se lança dans l’exécution de marches animales pour illustrer les spécificité de l’homme par rapport aux animaux.

A ce sujet, je ne peux dire qu’une chose: il faut voir et essayer d’imiter monsieur Pittman alors qu’il marche comme les félins, les grands singes, les reptiles. La similitude est tellement flagrante, et l’exercice tellement difficile que l’on ne peut que rester coi, impressionné par la souplesse et l’harmonie musculaire extraordinaire de cet homme. De toute façon, entrevoir son dos lorsqu’il fait cette démarche vaut à lui seul une matinée de cours d’anatomie…

Ce troisième cours si riche se finira avec la frustration certaine de n’avoir pas pu terminer notre (trop) courte conversation sur les relations étroites entre l’évolution corporelle des hominiens et l’apparition de la conscience humaine sur cette planète. Le temps pressait: que cela me serve de motivation pour suivre son retour en France!

 

Yoshinkan Aikidô: La justesse remplace la vigueur.

Je ne pratique l’aikidô avec régularité que depuis quelques temps. Néanmoins, je peux dire sans crainte d’erreur que j’ai eu la chance de pouvoir assister jusqu’ici à des enseignements de qualité. Ma recherche personnelle en subtilité et légèreté m’ont emmené à approcher le travail de Léo Tamaki, et ma recherche de détente et de mobilisation entière du corps m’ont donné envie d’assister au travail de Akira Hino. J’ai lu quelques interviews et j’ai appris qu’il avait été essentiellement marqué par le travail de Gozo Shioda en Aikidô. Lorsque j’ai appris que le Yoshinkan de Shioda Sensei était présenté à l’Aiki Taikai, je me suis dit que je ne devais pas laisser passer cette opportunité.

Le travail de Monsieur Muguruza m’a vraiment impressionné. Le précision de ses gestes dans le temps et l’espace ont quelque chose de merveilleux, dans le sens que cela n’est pas de suite visible. Son aikidô repose sur une profondeur de travail et d’expérience immense. Chacun de ses gestes sont pleinement justifiés et ont pour lui et à travers lui un sens certain. Sa technique est pleine d’une vivacité et d’une puissance insoupçonnable a priori. J’ai eu la possibilité d’essayer franchement Shomen uchi sur lui, à sa demande pour illustrer ses commentaires et je peux dire que son savoir faire est incroyable…Passer entre ses mains, c’est au moins sentir la présence d’une puissance évidente mais parfaitement mesurée, au moins cela je peux le dire.

Son ton de voix clair et sûr, la passion quasi-palpable que l’on peut ressentir pour sa pratique, son expérience des autres arts martiaux qu’il a lui-même essayé et l’immense politesse chaleureuse qu’il m’a été donné d’expérimenter à son encontre force de suite au respect et à la confiance. Et nous a permis de mesurer la somme de travail en qualité nécessaire pour accomplir une réelle efficacité par l’aikidô.

J’aurai pu aborder des principes dont j’avais effleuré l’aspect et dont j’ai pu voir la réalisation face à une attaque décomplexée et en pleine vigueur.

Je sors de ce cours enchanté humainement, plus humble et conscient techniquement.

 

 Katori Shinto Ryu: la tradition guide le présent.

Le Katori Shinto Ryu a été l’occasion pour moi de concrétiser un petit rêve d’adolescent.

J’avais plus jeune, comme d’autres sans doute, pu découvrir le Katori Shinto ryu à travers le film de Michel Random, “L’esprit des Budô”. Et je me suis dit qu’il me faudrait un jour aller vérifier au sens plein du terme tout cela.

Comme on dit: Check.

Et l’occasion donc de cerner à travers le cours les postulats qui font le système d’une koryu: la technique rejoint sa réalité historique, l’expérience du champ de bataille. Avec ce que l’on peut espérer faire et ce qui est impossible, les attitudes qui semblent a priori bonnes mais qui deviennent de fait un suicide, une illusion. Nous avons expérimenté peu d’aspects mais qualitativement ce fut une belle découverte et l’occasion pour moi d’une entrée en matière dans le monde du sabre, ses aspects parfois difficiles à cerner.

Ce fut l’occasion pour moi de me rappeler combien toute technique de combat provient d’un besoin d’adaptation et de survie, et qu’elle n’engage pas l’émotionnel. L’utilisation du corps ici demandée est conditionnée par les expériences vécues militairement.

Comme dans le cadre du Kishinkai, j’ai pu remarquer combien l’escrime japonaise fait corps avec toutes les autres pratiques qui l’entourent. Quant au reste: je laisse le temps m’en apprendre plus.

Bokken

S’adapter aux réalités du sabre et s’oublier: point culminant de l’inspiration?
On a du travail 🙂

 
Ryushin Shochi Ryu: l’esprit, le geste et le corps.

Le cours suivant du dimanche matin était un vrai calvaire cornélien: Kinomichi, Kokodo jujutsu et Ryushin Shochi Ryu étaient présentés et les trois m’intéressaient fortement. Que faire?Je me suis posé la question je pense jusqu’au dernier moment, mais finalement, la démonstration de Farouk Benouali lors de la NAMT m’a orienté vers le kenjutsu et le Iaijutsu du Ryushin Shochi Ryu.

Plus ma vie évolue, plus je suis attiré par la pratique du sabre. Je n’ai pas de vraie raison, c’est une intuition qui me pousse en avant, et je suis toujours mes intuitions, car la plupart du temps, je ne le regrette pas. Aucun regret, une fois encore.

J’ai été vraiment touché par cette pratique: le professeur insistait sur l’exactitude du geste et sur le placement du corps. L’exercice, autant en kenjutsu qu’en iai demandait un effort de concentration , de sensibilité et une attention toute particulière à la zone du corps que l’on devait “couper”. Je me suis rapidement absorbé dans la pratique, et cet état ne m’a pas quitté jusqu’à la fin du cours.

Je me souviendrai de la “présence” de monsieur Benouali dans ses démonstrations: Il se dégageait quelque chose de très particulier de sa gestuelle et de son attitude.

Aikidô avec Brahim Si Guesmi: Progresser joyeusement et se dépasser.

Le dernier cours…. Avec le recul, maintenant, je me dis qu’il ne pouvait pas y avoir de meilleure fin à ce Taikai. J’étais assez fatigué nerveusement par les différents cours et la douleur à ma hanche et je craignais de me traîner pendant le cours: à la fin je riais, bienheureux et dynamisé par un cours joyeux et très intéressant.

Brahim Si Guesmi est un homme qui me semble porter et véhiculer avec lui quelque chose d’essentiel, de fondamental et qui a du mal à s’installer: cette joie intérieure, faite de sincérité et de légèreté et qui demande plus qu’une bonne nouvelle en début de journée pour se manifester. La joie intérieure construite sur une méthode, et affinée par une méthode, certains des effets essentiels du Dô sur l’individu.

Brahim Si Guesmi aurait pu nous montrer ce qu’il voulait, je pense qu’il aurait emporté quand même l’adhésion de tout le monde. Sa personnalité enjouée et extrêmement sympathique se marie à une finesse dans le savoir faire évident. L’ambiance qu’il a réussi à installer durant le cours nous aura plus qu’aidé à travailler des formes simples mais en fait extrêmement difficiles à mettre en œuvre sans complaisance: levant les yeux plusieurs fois pour contempler tous les participants, je n’ai évidemment pas été surpris de trouver en majorité ce sourire venant d’un bien-être profond, presque enfantin, communiqué à mes camarades.
Et me retournant vers moi, de le constater aussi présent.

A la fin, tout le monde l’a applaudi spontanément, comme un grand “merci”: tous nous avions été impressionnés autant par son intériorité que par son rapport à l’autre, techniquement ou humainement.

Bilan:

Plus qu’une recherche de spectaculaire, l’Aiki Taikai m’a permis de mieux comprendre l’aikidô et de mieux percevoir son aspect polymorphe. Également appréhender ses liens avec d’autres environnements et comment il est possible de l’enrichir pleinement.
Il m’a permis de croiser la route d’individus tous uniques et qui ont touché les diverses cordes de mes attentes personnelles: réalisme, technique, efficacité, subtilité, esprit, et cœur.
J’ai pu aussi comprendre la nécessaire et bienfaisante utilité d’une remise en question, comme une manière d’adhérer au mieux à la réalité présente, comme une profonde méditation.

Je remercie ainsi tous les participants, tous les professeurs et tous ceux qui ont aidé et collaboré à la mise en œuvre de cette rencontre.
Je tâcherai pour ma part de faire mûrir cette expérience et de la renouveler si la vie le permet.

D’autres comptes rendus du Taikai, Kishintaikai et de la NAMT via le blog de Leo Tamaki.

AIKITAIKAI-14

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